jeudi 19 juin 2008
-Entre autres-
A l'ombre des arbres
Comme au temps des miracles,
Au milieu des hommes
Comme la plus belle femme
Sans regrets, sans honte,
J'ai quitté le monde
- Qu'avez-vous vu ?
- Une femme jeune, grande et belle
En robe noire très décolletée.
Eluard, Capitale de la douleur.
lundi 16 juin 2008
-"You breathed then you stopped, I breathed then dried you off"*-
Quand j'entre dans l'épicerie, les portes automatiques se referment sur moi. J'ai à peine le temps d'avancer pour sauver ma peau. Le monsieur à la caisse me souris : et ben, vous avez eu chaud ! Je pénètre dans le magasin, attrape la semoule fine, le sucre et une petite bouteille bleue de fleur d'oranger. Puis je me dirige vers ce même monsieur. Pendant qu'il bippe mes articles, je le regarde. Il doit avoir la trentaine. Ses bras et sa nuque sont couverts de tatouages. De toutes les couleurs. Je repense à R. en me disant que les siens étaient nettement moins beau. Voilà, 4,07 € mademoiselle sivouplé. Pendant que je cherche dans mon petit porte-monnaie rose, je sens son regard se poser sur moi (pourquoi on sent ce genre de choses ?). C'aurait été dommage que vous soyiez coupée en deux quand même, mignonne comme vous êtes, il finit par dire. Je lève les yeux, lui tend une poignée de pièces jaunes et rouges. Oui, faut vivre dangereusement. Sinon, ça vaut pas le coup, je lui lance en souriant avant de disparaître, en prenant soin de pas me refaire agresser par le progrès technique, cette fois.
lundi 9 juin 2008
-"[...] pour un vide amer
qui te déchire le coeur
déchire-moi si tu veux
mes yeux te trouvent dans la nuit
brûlés de fièvre."*-
J'ose pas tellement bouger au début. Je reste longtemps devant la fenêtre à siroter mon thé refroidit. Je repense à cette nuit, comme j'ai fait la capricieuse en me rhabillant, en faisant mine de vouloir partir, juste pour sentir sa main saisir mon bras. Me retenir. Quand il est venu m'embrasser, je boudais encore. Ou déjà plus. Je boude pas longtemps avec toi, j'ai dit en râlant. Lui ça l'a fait sourire. Finalement moi aussi. Ou pas. Parce que je suis quand même déchirée. Tiraillée. Coupée en deux. Partagée entre ses lèvres, et un dangereux silence, nécessaire.
* G. Bataille, Poèmes érotiques.
lundi 19 mai 2008
-"Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu."*-
Je voudrais que tout soit fini. Ou si c'est pas le cas, qu'il soit assez grand et fort pour m'emmener loin, loin de tout ça. Qu'il m'emmène à Blagnac voir les avions décoller parce qu'il sait que j'aime ça. Je voudrais qu'il me parle avec une haleine d'alcool, qu'il me rassure en m'entourant de ses bras. Je voudrais qu'il ait l'air un peu méchant, sans l'être ; qu'il ait peur de me piquer avec sa jolie barbe de 3 jours. Je voudrais qu'il soit libre, qu'il me surprenne, qu'il débarque à n'importe quelle heure chez moi. Je voudrais qu'il m'appelle, mais pas trop souvent. Juste quand je ne m'y attends pas. Je voudrais qu'il me dise viens on s'en va quand je pleure. Qu'il ait une beauté sombre, qu'il fume à la fenêtre. Qu'il me fasse (aimer) l'amour comme jamais. Qu'il ait l'air dur, des tatouages noirs sur les bras, des principes dans la tête. Et qu'il m'aime fort. Aussi fort que jamais.
* Robert Desnos, J'ai tant rêvé de toi.
jeudi 15 mai 2008
-"Apprenez-leur, de la chute à l'essor, les douze mois de leur visage, ils chériront le vide de leur coeur jusqu'au désir suivant"*-
Un blocage de cinq semaines, une chambre avec des murs comme du carton, un job dévorant, trois ruptures amoureuses en cinq mois, des chevauchements d'épreuve avec l'anglais, un malaise en plein cours et et et... Alors, on me comprendra, hein, si je l'ai pas, ce semestre...
* René Char, "Redonnez-leur..." (Fureur et Mystère)