lundi 28 juillet 2008
-"Les petits chevaux de Tarquinia"-
Elle alla à la rencontre de Jacques qui venait vers eux. Elle nagea quelques brasses, se releva, et renagea encore. Ludi, de loin, lui souriait. La mer faisait rire. Elle était si chaude qu'on aurait pu y rester facilement deux heures. Elle n'avait rien à voir, cette mer-là avec aucune autre mer au monde. C'était la revanche de ceux qui aimaient cet endroit, de Jacques et de Ludi. Cette mer était irréprochable. Sara se mit sur le dos et se tint immobile. C'était là une chose qu'elle ne réussissait à faire que depuis quelques jours. La mer pénétrait alors dans l'épaisseur des cheveux jusqu'à la mémoire.
Duras.
mercredi 23 juillet 2008
-"Ton ombre qui s'étend sur moi
Je voudrais en faire un jardin"*-
Papa revient de sa promenade avec un panier plein de mûres sauvages. Dans la marmite, ça boue avec du sucre et ça embaume la maison d'une douce odeur de grand-mère. Et pendant qu'il remue tout ça, assise sur le plan de travail, mes petites jambes se balançant dans le vide, je m'agrippe à ma tasse de thé ; et, comme quand j'étais petite, je résiste je résiste je résiste pour ne pas tremper mes doigts dans cette jolie bouillie violette.
*Eluard (évidemment), Négation de la poésie, in Le temps déborde.

